Inclusion individuelle : des difficultés et des atouts pour les enseignants

Les enseignants sont, comme les parents d’un enfant porteur de handicap, destinataires du Projet Personnalisé de scolarisation (PPS). Ils sont même les premiers intéressés, puisque ce sont eux qui vont le mettre en application. Des questions se posent alors : les enseignants ont-ils la formation nécessaire ? Recevront-ils des aides utiles ? Ont-ils la disponibilité suffisante ?

Le PPS leur arrive bien souvent tout fait, tout bouclé : ils n’ont plus qu’à prendre connaissance des préconisations de la CDAPH (Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées). Rappelons que la CDAPH ne précise pas la nature du handicap, ce qui est d’ailleurs un peu hypocrite – alors que la nature des troubles est indiquée dans les modules de formation des enseignants spécialisés ou dans les spécificités des ULIS. Elle ne fait état que des aides prévues et des aménagements à opérer.

La situation est un peu différente selon qu’il s’agit d’un nouvel élève ou d’un élève déjà connu, qui n’en est peut-être pas à son premier PPS. Mais dans tous les cas, l’enseignant ou l’équipe des enseignants vont se trouver devant une situation nouvelle et qui n’est pas vraiment prévue dans les programmes officiels.

 

La formation des enseignants

Nous ne parlerons pas ici des  enseignants spécialisés, qui bénéficient d’une formation spécifique et qui ont été volontaires pour la fonction qu’ils exercent. Ils sont titulaires du CAPPEI. Mais ils enseignent dans les ULIS et les Unités d’Enseignement.

Quelques-uns, toutefois, notamment s’ils sont conseillers pédagogiques, peuvent apporter une aide aux enseignants des classes ordinaires pour la scolarisation d’un élève handicapé.

les enseignants spécialisés – Recrutement et statut

Quant aux enseignants ordinaires, par contre, ils ont sans doute entendu parler lors de leurs études des dispositifs destinés aux  élèves handicapés, mais ils n’ont pas reçu de formation spécifique pour l’enfant qu’ils vont recevoir. Certains s’en plaignent ouvertement auprès des parents et les parents dénoncent volontiers le manque de formation des enseignants.

Il faut pourtant apporter quelques nuances à des jugements trop globaux et trop hâtifs. On dira d’abord, pour être bref, que les enseignants savent lire ;  et on ajoutera que l’expression « recevoir la formation » est bien  maladroite : une véritable formation n’est-elle pas toujours une démarche active de la part de l’intéressé ? Ne faut-il pas aller au-devant de la formation ?

Mais on comprend pourtant que la présence d’un enfant handicapé dans la classe puisse susciter chez les enseignants des interrogations et des inquiétudes légitimes, surtout si l’enfant présente des troubles d’ordre cognitif ou d’ordre comportemental. Outre le problème du temps qu’il faudra lui consacrer individuellement par rapport aux autres élèves, la crainte, fondée, de ne pas connaître suffisamment les capacités et les troubles particuliers de l’enfant et de ne pas posséder les compétences nécessaires pour le guider, constitue un obstacle qu’il faut prendre en compte. On peut avoir du mal à comprendre, de l’extérieur, que le stress ou le sentiment de culpabilité dont souffre un enseignant peut venir du constat de son impuissance face à un enfant qui ne progresse pas.

Les dispositifs de formation initiale de l’Education nationale ne peuvent pas avoir donné à l’avance des solutions pour répondre à des besoins plus ou moins ponctuels et particuliers. Et de toute façon la formation initiale reste centrée sur les objectifs pédagogiques et sur les contenus à enseigner. On pourrait par contre imaginer une formation continue plus souple, mieux ciblée et plus proche des problèmes du terrain.

Le problème de la formation des maîtres, – une formation adaptée, au bon moment, au bon endroit, – est sans doute le problème fondamental de l’inclusion scolaire. Il y a environ 200 000 enfants et jeunes en inclusion individuelle : cela touche tout de même un certain nombre de maîtres.

 

Les aides aux enseignants

Et pourtant les ressources ne manquent pas ! Nous ne pouvons ici qu’indiquer brièvement quelques pistes.

Il existe dans l’Education nationale, nous en sommes convaincus, un énorme potentiel de compétences. Un nombre considérable d’enseignants ont acquis au cours des années une réelle expérience et un savoir dans un domaine particulier ! Comment les utiliser mieux auprès des élèves, auprès des collègues ? Comment permettre des rencontres, voire un travail en réseau… ?

Il y a un autre espace de formation, celui de la formation partenariale. La scolarisation des élèves handicapés est fondée pour une part, ne l’oublions pas, sur le partenariat. C’est par exemple l’une des raisons d’être des ESS (Equipes de Suivi de la Scolarisation) : donner aux enseignants l’occasion de rencontrer les professionnels qui connaissent l’enfant, son handicap ses difficultés, ses capacités. Le but est bien de faire travailler ensemble les milieux qui connaissent l’enfant pour une meilleure prise en compte de ses besoins.

Bien des problèmes se trouvent sinon résolus du moins beaucoup mieux posés, en effet, quand l’enseignant a la chance de collaborer avec un SESSAD ou avec d’autres professionnels du secteur de la santé ; quand, par exemple, l’enseignant qui  a dans sa classe un enfant souffrant de troubles du langage peut échanger régulièrement avec l’orthophoniste. C’est souvent à partir d’une collaboration partenariale que les enseignants ont compris comment se situer vis à vis d’un enfant, non pas que leur partenaire leur ait dicté ce qu’ils avaient à faire, – il n’appartient pas au médecin ou à l’orthophoniste de faire une prescription scolaire ! – mais parce qu’il leur a appris qui était l’enfant et comment il fonctionnait.

Mais reste alors le problème de l’organisation des temps de concertation.

L’institution se préoccupe aussi d’une autre forme d’aide, qui semble prometteuse et qui va en se développant. Il s’agit d’enseignants formés et déchargés de classe pour se rendre auprès des maîtres qui font appel à eux. Des maîtres itinérants existaient certes depuis longtemps notamment pour intervenir auprès des enfants sourds ou malvoyants ; et puis il y a aussi parmi les conseillers pédagogiques des enseignants spécialisés qui peuvent intervenir ponctuellement, bien que la mission des conseillers pédagogiques soit un peu différente.

Mais on observe que des départements mettent en place « des professeurs ressources ». Nous présentons la situation de quelques départements dans l’accompagnement des enseignants

On y trouve entre autres l’exemple de la Corrèze, où « le Directeur académique a créé 10 postes pour le pôle EDEIS « Équipe Départementale d’Enseignants pour l’Inclusion Scolaire » à la rentrée 2012, avec deux jours de formation par mois entre l’équipe et la conseillère pédagogique ASH pour une mutualisation des outils et des infos. Objectifs d’EDEIS : « apporter des informations et conseils auprès de l’enseignant, mettre en œuvre des adaptations pédagogiques afin de faciliter l’inclusion scolaire et l’accessibilité aux savoirs ».

Les associations de parents et Internet

Nous n’avons pas encore parlé des parents et de leurs associations. Beaucoup ont acquis une véritable expertise dans le domaine du handicap. Alors, prendre le temps de parler avec eux, de les écouter. Ce n’est pas du temps perdu. On ne leur demande pas de dire aux enseignants ce qu’ils ont à faire, mais de parler de leur enfant.

Et enfin il y a la documentation écrite et, pour le meilleur et pour le pire, il y a internet. Beaucoup de documents sur les sites du ministère et des IEN ASH. Beaucoup trop, et qui souvent se recopient les uns les autres…

Il y a certes des gens intelligents qui ont de bonnes idées, qui écrivent de bons textes. Seulement, et c’est là que ça bloque, il ne suffit pas de rédiger un document, il faut le faire passer. Il faut voir quelles sont les stratégies de formation des enseignants : qui va présenter ces documents aux enseignants et en parler avec eux, quelle est la politique du ministère en ce domaine ?

Pour aller plus loin :

La formation des enseignants en vue de l’inclusion scolaire

Penser l’inclusion scolaire et la formation des enseignants

La disponibilité des enseignants

à faire

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