Echange de pratiques enseignants

Pour une formation continue réactive au service de l’école inclusive

 Bien accueillir dans sa classe un élève en situation de handicap et mettre en œuvre son PPS n’est pas toujours une affaire simple. Bien des enseignants se trouvent isolés et démunis le jour où l’un de ces élèves leur est confié. Comment alors leur apporter une aide immédiate, hic et nunc, pour pratiquer une pédagogie adaptée et pour mettre en place les aménagements prévus dans le PPS ?

C’est là un problème de formation continue.

Une formation continue trop peu flexible

La formation continue, dans l’Education nationale fait l’objet de plans académiques. Elle est constituée principalement de stages d’une ou plusieurs semaines, pris en charge notamment par les professeurs des INSPE  (Institut National Supérieur du Professorat et de l’Education). Cest un dispositif lourd, qui exige une organisation rigoureuse notamment en ce qui concerne les remplacements.

Or les problèmes que nous évoquons ici exigent des réponses beaucoup plus immédiates et réactives, en adéquation avec les besoins. Comment apporter une aide adaptée, au bon endroit, au bon moment ?

Le partenariat avec les professionnels favorise une première information sur l’enfant

On ne part pas de zéro. Des informations répondant à des situations concrètes sont déjà apportées aux enseignants lors de leurs rencontres avec les professionnels du secteur médical ou du secteur médico-social, notamment dans le cadre des ESS (Equipes de Suivi de la Scolarisation) ou lors des interventions de ceux-ci dans l’école.

Ces rencontres n’ont pas pour objet d’apprendre à l’enseignant ce qu’il a à faire, mais elles permettent de mieux connaître les difficultés et les capacités de l’enfant et d’analyser ensemble une situation d’inclusion. Dans ces rencontres l’enseignant apprend quelque chose auprès de l’intervenant, son regard sur l’élève s’en trouve modifié.

Il serait certainement souhaitable que ces interventions médico-sociales, institutionnelles (SESSAD) ou libérales (orthophonistes…) puissent avoir lieu plus systématiquement dans l’école, notamment pour favoriser les rencontres enseignants/professionnels.

Le partenariat avec les professionnels ne remplace pas une formation d’ordre pédagogique

Cependant, l’offre médico-sociale ne saurait suffire. Les échanges avec les professionnels du secteur de la santé permettent de mieux connaître le handicap et de mieux comprendre les difficultés de l’élève. Mais on reste dans le domaine de la santé. Or les enjeux de l’inclusion sont d’ordre éducatif et pédagogique. On parle d’un projet de scolarisation. Il faut envisager aussi des aides plus directement scolaires et pédagogiques. La formation pédagogique est une mission de l’Education nationale.

Dans le potentiel de compétences dont dispose l’Education nationale, de telles aides existent et sont disponibles, quoique souvent insuffisamment utilisées. Nous songeons notamment aux modalités d’intervention des conseillers pédagogiques ASH et à l’expérience acquise par des enseignants « ordinaires ».

Les conseillers pédagogiques ASH sont au cœur de l’inclusion scolaire

Il existe dans l’Education nationale des conseillers pédagogiques spécialisés dans le domaine du handicap. Ces conseillers pédagogiques ASH (Adaptation Scolaire et Handicap) sont proches des enseignants et ils peuvent facilement se rendre dans les classes. Ils jouent un rôle de maîtres formateurs, d’animateurs pédagogiques et de professeurs ressources. Ils font partie de l’équipe de l’IEN ASH (Inspecteur ASH). Leur nombre va croissant. Récemment, par exemple, le Ministère a décidé de mettre dans chaque équipe au moins un professeur ressource pour les troubles du spectre autistique (TSA).

Ils sont sans doute les mieux placés pour intervenir auprès d’un enseignant, pour l’écouter et lui apporter une aide directe et rapide. Mais leur statut et leurs missions en faveur de l’inclusion des élèves en situation de handicap demanderaient à être mieux cadrés et mieux connus. Il serait opportun qu’enseignants et parents sachent qu’ils peuvent faire appel à eux en cas de difficulté, par exemple quand il s’agit de mettre en place les aménagements préconisés dans le PPS.

Ce rôle et ces missions des Conseillers pédagogiques ASH tendent à se développer, avec de grandes disparités entre les départements et sans consigne claire de la part du Ministère. Il faudrait surtout, nous semble-t-il, qu’outre leurs interventions individuelles, ils aient la possibilité de regrouper quelquefois dans l’année des enseignants qui ont les mêmes problèmes et de leur donner ainsi des occasions d’échanger entre eux.

Le conseiller pédagogique animateur des échanges et du partage des compétences des maîtres ordinaires

Il nous semblerait primordial de proposer aux enseignants des échanges pratiques. Il est souvent intéressant d’entendre des enseignants parler de leurs élèves, notamment des élèves qui posent problèmes, des moyens qu’ils mettent en place, de leurs échecs et de leurs réussites. Certains ont déjà acquis une expérience et de réelles compétences.

Les maîtres en difficulté ont besoin d’être entendus. Pour la scolarisation d’un élève handicapé, il n’y a pas un ensemble de connaissances à acquérir au départ et qu’il suffirait ensuite de mettre en œuvre. Des connaissances, certes, mais aussi une invention constante, dans le cadre d’une sorte de dialectique entre le savoir et la pratique.

C’est dans cette perspective que nous avons présenté, dans un article précédent, le rôle de ces conseillers pédagogiques ASH. Parfois appelés professeurs ressources, ils jouent un rôle auprès des enseignants engagés dans la scolarisation des élèves handicapés.

Ce type de formation, où l’accompagnant n’est pas seulement celui qui sait et qui apporte un savoir, mais aussi celui qui permet et anime les échanges, implique donc que les enseignants concernés soient regroupés.

Quelques journées de réunion dans l’année, quand le besoin s’en fait sentir, animées par un maître formateur et notamment par l’un de ces conseillers ASH être pourrait donc être une procédure à privilégier.

L’administration face aux problèmes pratiques de la formation continue

Se posent alors, bien sûr, les problèmes d’une formation continue organisée et gérée de façon très souple quand le besoin s’en fait sentir.

Dès qu’on envisage des mini-regroupements, même peu nombreux, des difficultés surgissent. Les enseignants ont une classe et des horaires de travail. Il est difficile de les libérer pendant ce temps de travail. Si l’on ne dispose que d’un nombre insuffisant de remplaçants, on peut peut-être envisager des compensations horaires pour des réunions tenues en dehors des temps en présence des élèves.

Bref, il y aurait des mesures à prendre. Faisons confiance à l’administration, qui a plus d’un tour dans son sac !

 

Quelques articles complémentaires pour aller plus loin :

 

 

 

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