L'ordinateur en classe

L’action d’une association dys pour l’ordinateur en classe

Les associations, partie prenante du projet « Ensemble pour une école inclusive »

Les associations locales de parents conduisent souvent des actions en faveur de l’inclusion scolaire. Le travail accompli par Réseau dys 86, association de parents d’enfants dys, dans la Vienne, pour faciliter l’usage de l’ordinateur en classe, en est un bon exemple.

L’Education Nationale affiche actuellement sa volonté d’engager toute la communauté éducative au service du processus inclusif (professionnels du secteur médico-éducatif, AESH, parents, enseignants…). C’est le projet « Ensemble pour une école inclusive », qui comporte notamment les PIAL (Pôles Inclusifs d’Accompagnement Localisés) et qui a pour ambition de mettre en synergie les moyens concourant à la scolarisation. La coopération entre les écoles et les associations de parents doit trouver sa place dans la logique de ce projet.

Réseau dys 86 face aux exigences de l’utilisation de l’ordinateur en classe

Un certain nombre des enfants dys éprouvent de sérieuses difficultés dans le domaine de la graphie et l’un des problèmes auquel parents et enfants sont confrontés est celui de l’utilisation en classe de l’ordinateur. Cette utilisation ne va pas de soi, ni pour les enfants, ni pour les enseignants. Le témoignage récent d’une maman en commentaire de notre page consacrée à ce sujet illustre bien les difficultés, faites d’inerties et de résistances.

« Au départ c’est le médecin scolaire qui a autorisé l’ordi en classe avec un PAP, nous avons ensuite basculé sur un PPS mais chaque année l’ergothérapeute est obligé de venir former l’enseignant et l’AVS. Sans cela, ils se retranchent derrière un « on n’est pas formé à cela »Et puis en début d’année, on me dit « il ne veut pas s’en servir (…) Il ne veut pas être stigmatisé devant les autres ». Je dois intervenir. C’est usant, mais j’ai l’expérience. J’ai déjà mené ce combat pour ma grande qui fait aujourd’hui une licence de droit. C’est bien dommage que nous n’ayons pas en face de nous des personnes réceptives qui nous fassent confiance à nous parents. Je ne vous cache pas que la communication avec l’école est très tendue » (Alexandra L.,9 janvier 2019).

Réseau dys 86 s’attache donc d’abord à former des enfants qui maîtrisent l’usage de l’ordinateur et fait aussi son possible pour rester branchée sur les problèmes que les enfants rencontrent en classe (travail sur les logiciels scolaires, par exemple). Mais il ne semble pas, malgré tout, que les enseignants soient très impliqués dans ce partenariat. Des demandes plus précises de leur part pourraient orienter utilement le travail des bénévoles de l’association. Quelles dispositions faudrait-il prendre pour une meilleure collaboration ? Cette question sera peut-être abordée dans le cadre des PIAL.

On notera au passage que si l’Education Nationale fournit un ordinateur à l’enfant qui en a besoin, il ne semble pas qu’elle songe à en fournir un à l’enseignant !

Témoignage de Joël Pelhâte sur l’action de l’association Réseau Dys 86 : la mise en place des ateliers informatique

Joël Pelhâte est le Vice-Président de l’association Réseau dys 86

Les ateliers informatiques existent dans la Vienne depuis une dizaine d’année à l’initiative de notre association. Ils sont animés grâce à 7 ou 8 bénévoles, dont un ergothérapeute, une référente CDAPH, un service civique et moi-même, spécialisé en informatique.

L’association a reçu l’aide de plusieurs structures publiques et privées par la mise à disposition de salles, de subventions pour l’achat de matériels et pour les frais de fonctionnement. Ces aides ont permis le développement de notre action sur plusieurs sites dans le département. Nous avons également obtenu un soutien financier de la CAF de la Vienne, un prix du Crédit Agricole en 2016 et des aides ponctuelles de la Région ou de quelques Mairies.

Nos ateliers : organisation et fonctionnement

Les âges des participants varient du CP à la  3; la majorité d’entre eux sont entre le cm1 et la 3e. . Nous nous efforçons de ne pas dépasser 7 ou 8 enfants par atelier. L’enfant est toujours accompagné par un adulte de la famille, le plus souvent la mère.

Dans nos ateliers, nous travaillons essentiellement, outre l’apprentissage du clavier, les logiciels préconisés par l’inspection Académique. Ces logiciels sont installés sur les ordinateurs qu’elle fournit aux enfants qui ont un PPS.  Nous installons les mêmes logiciels sur les ordinateurs personnels des enfants qui ont un PAP. Un travail personnel, à la maison, est demandé aux enfants avec le soutien de leur famille.

Les ateliers informatiques ne sont pas des séances d’ergothérapie !

Nous nous efforçons de nous rapprocher des parents, pour leur éviter trop de déplacements, et nous intervenons aujourd’hui dans trois communes du département. A Migné-Auxances, nous avons 2 groupes de 8 enfants, (salle du Centre Socio-Culturel) et à Loudun 3 enfants (salle communale). A St Maurice la Clouère les ateliers (2 groupes de 4 enfants) ont été ouverts à la demande de la directrice du Centre de Loisir. Un Service Civique du Centre participe à l’animation des ateliers. C’est nous qui le formons.

Les ateliers ont lieu tous les 15 jours le samedi matin. Il n’y a pas d’atelier pendant les congés scolaires.

Contacts avec les familles

Les parents dont les enfants fréquentent les ateliers sont conscients que ce travail est bénéfique pour leurs enfants et qu’il est fait par des bénévoles. Nous avons facilement des contacts avec eux à la fin des ateliers. Nous leur demandons de souscrire une adhésion auprès de l’association Réseau dys 86.

Notre principale difficulté tient au fait que nous ne connaissons pas les parents avant qu’ils ne nous contactent. Beaucoup d’associations de parents se heurtent sans doute à ce même problème. Comment se faire connaître ?

Nous avons toutefois le relais des enseignants référents auprès des nouveaux parents qui commencent le « parcours du combattant » pour leur enfant Dys. Nous avons aussi le relais de la MDPH via la CDAPH pour annoncer l’existence de ces ateliers (cela les arrange car ils ne proposent jamais la prise en charge par un ergothérapeute dans la Vienne). Les professionnels de la Vienne relaient également notre existence auprès des familles des enfants dont ils sont en charge.

Sinon, que faire ? Sur Migné-Auxances nous sommes connus depuis 2013 et nous avons 2 groupes de 7 à 8 enfants. Ailleurs les ateliers sont plus récents et avoir le contact avec les parents est plus compliqué. Nous contactons les écoles et les professionnels en envoyant ou déposant des flyers.

Les enfants en classe et les enseignants

Une majorité des enfants utilisent l’ordinateur dans la classe et à la maison. Il faut du temps entre le moment où ils commencent à maîtriser l’outil et les logiciels et le moment où ils deviennent efficaces.

Il y a des enfants, parfois, pour lesquels l’utilisation de l’ordinateur à l’école ne parvient pas à se mettre en place. Les raisons sont diverses. Elles peuvent tenir au manque de maîtrise malgré les ateliers et il arrive qu’un enfant n’arrive pas à s’approprier l’ordinateur à l’école alors qu’il l’utilise à la maison. Parfois aussi, l’enfant a « peur » d’utiliser l’ordinateur à l’école à cause du regard des autres élèves.

Mais il y a aussi les refus des enseignants, sous le prétexte que l’enfant n’en a pas besoin dans leur matière, ou qu’ils ne sont pas au courant que l’enfant doit utiliser un ordinateur, ou qu’il n’y a pas de prise électrique pour le brancher ou le charger.

En fait, nous n’avons que peu d’occasions de rencontrer les enseignants pour parler de l’utilisation de l’informatique à l’école.

Il nous arrive de les rencontrer lors des équipes de suivi de scolarisation. Nous avons aussi des retours des enseignants via les parents. En règle générale ils disent que cela se passe assez bien. Mais souvent aussi, il faudrait les convaincre du bienfait de l’utilisation du matériel pédagogique en classe et de la nécessité de fournir leur cours au format numérique .

C’est aussi pour eux une contrainte. Quand l’enfant maîtrise bien son ordinateur, cela permet à l’enseignant d’être moins sollicité pendant le cours mais cela lui demande un investissement : fournir des documents au format numérique.

Somme toute, les enseignants n’ont pas vis-à-vis de nous de demandes particulières. Nous le regrettons. Ces demandes pourraient nous aider à mieux cibler notre action.

Quant aux AVS, certains s’intéressent à l’utilisation de l’ordinateur en classe, mais il semble que ce soit laissé à leur initiative personnelle. Nous avons parfois la demande des parents pour que l’AVS puisse venir une fois ou deux à l’atelier et bien sûr nous les accueillons à bras ouverts.

Nous sommes intervenus dans un collège en juillet 2018 à la demande du directeur et de la CPE pour former 6 ou 7 AVS sur les logiciels installés sur les ordinateurs.

Rapport avec l’IEN-ASH

Nos rapports avec l’IEN-ASH sont bons. Nous le rencontrons régulièrement en tant que membre de la CDAPH.

Mais il ne semble pas qu’il y ait auprès de l’IEN-ASH un conseiller pédagogique qui serait plus particulièrement chargé de ces questions et avec qui nous pourrions être en relation.

En conclusion

En conclusion, ces ateliers représentent un travail exigeant, mais nous sommes convaincus que tout le monde y gagne, les enfants qui progressent et leurs familles, d’une part, mais aussi, d’autre part, l’école qui ne peut que se féliciter de devenir plus inclusive et de voir des élèves en situation de handicap mieux réussir.

Nous remercions vivement Joël Pelhâte et Réseau dys 86 et nous serions heureux de pouvoir donner à l’occasion un  coup de projecteur sur d’autres associations locales qui nous feraient partager leurs activités. N’hésitez pas à nous faire partager vos expériences.

 

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6 commentaires sur “L’action d’une association dys pour l’ordinateur en classe”

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